Le responsive classique découpe le web en paliers : une version mobile, une tablette, une desktop. Entre les deux, le site saute d’une marche à l’autre. Un texte qui grossit d’un coup, une grille qui se réorganise brutalement. On maintient en réalité trois mises en page. Et trois occasions de casser.

Le fluide, ou le continu

Un site fluide n’a pas de versions. Il s’adapte en continu, du plus petit écran au plus grand, sans marche. Le texte, les marges, les images grandissent ensemble, à la bonne vitesse. clamp() et les container queries l’ont rendu possible sans JavaScript. Ce n’est pas trois sites bien réglés. C’est un seul site qui respire.

Ce que l’œil ne voit pas mais ressent

Un bon fluide ne se remarque pas, et c’est le but. Aucun saut ne trahit un changement de format, aucune zone ne se casse à une largeur oubliée. Sur n’importe quel téléphone, tablette ou écran de travail, la proportion reste juste. Personne ne félicitera jamais ce travail, puisqu’il consiste précisément à ce qu’il n’y ait rien à remarquer. Je le tiens pourtant pour l’UX la plus forte : on ne pense plus au support, on lit.

Les trois largeurs dessinées et tout ce qui reste entre elles Un axe horizontal des largeurs d'écran, de la plus étroite à gauche à la plus large à droite. Trois silhouettes de page y sont posées, chacune avec son en-tête et ses blocs : une étroite à gauche, une moyenne au centre, une large à droite, repérées sous l'axe par les mots mobile, tablette et desktop. Entre elles, deux zones grises tracées en pointillé, sans en-tête ni bloc ; un crochet en accent mesure chacune sous l'axe et lui donne le libellé « une largeur oubliée ». Les deux zones vides occupent ensemble plus de longueur d'axe que les trois silhouettes réunies. DU PLUS PETIT ÉCRAN AU PLUS GRAND TROIS MISES EN PAGE mobile tablette desktop une largeur oubliée une largeur oubliée
Trois largeurs ont été dessinées, tout le reste de l'axe part en ligne sans avoir jamais été regardé.

Moins de code, plus de tenue

Trois maquettes, c’est trois fois le travail de design, d’intégration et de test. Une échelle fluide, posée une fois, couvre tout l’intervalle. Moins de breakpoints, moins de règles, moins de cas particuliers qui traînent des bugs pendant des années. Le fluide n’est pas seulement plus agréable à vivre. Il est plus simple à tenir dans le temps.

Le même travail compté trois fois, puis compté une fois Deux groupes de cases rectangulaires strictement de même taille, séparés par un large intervalle. À gauche, trois colonnes de trois cases : les colonnes portent au-dessus les noms mobile, tablette et desktop, les rangées portent à gauche les noms design, intégration et test, et le groupe est légendé en dessous « trois fois ». À droite, une seule colonne de trois cases, tracées en accent, posées sur les mêmes trois rangées et légendée en dessous « posée une fois ». Trois traits en pointillé relient les deux groupes, une par rangée. TROIS MAQUETTES UNE ÉCHELLE FLUIDE mobile tablette desktop design intégration test trois fois posée une fois
Les mêmes trois travaux, refaits pour chaque maquette d'un côté, posés une seule fois de l'autre.

Trois versions, c’est trois fois le risque. Une seule, fluide, est meilleure à vivre et plus sûre à maintenir. EVA CSS en fait une méthode.