Beaucoup de sites sont une collection d’écrans designés un par un. Chaque page a ses tailles, ses marges, ses couleurs approchantes. De loin, ça tient. De près, rien n’est aligné : le titre de la page A ne pèse pas comme celui de la page B, un même bouton a trois hauteurs. Personne ne l’a décidé. C’est arrivé, page après page.

La collection contre le système

Un site fait d’écrans isolés vieillit mal et se modifie encore plus mal. Chaque changement se répète à la main, page après page, avec une occasion de plus de se tromper à chaque fois. En fin de course, plus rien n’est tout à fait cohérent, et personne n’ose plus y toucher. Le désordre visuel n’est que la surface d’un désordre de méthode.

Le même bouton mesuré sur six silhouettes de page Deux rangées de trois silhouettes de page, toutes dessinées à la même échelle. Dans la rangée du haut, chaque silhouette a ses propres marges et son propre bandeau de titre, et son bouton, tracé en accent, n'a pas la même hauteur que celui des deux autres : une pince de mesure est posée à droite de chaque bouton, et les trois pinces sont de longueurs différentes. Dans la rangée du bas, les trois silhouettes ont les mêmes marges, le même bandeau de titre et le même bouton, et les trois pinces ont la même longueur. Sous chaque colonne, les libellés page A, page B et page après page. LA COLLECTION TROIS HAUTEURS page A page B page après page LE SYSTÈME UN MÊME BOUTON page A page B page après page
Ce qui change d'une rangée à l'autre n'est pas le dessin des pages, c'est la mesure du même bouton.

Une source de vérité

Un design system pose l’intention une fois : une échelle typographique, un rythme d’espacement, une palette, des composants. Tout le site en découle. Changer une valeur à la source la propage partout, en cohérence. On ne designe plus des écrans, on décline un système. C’est moins spectaculaire qu’une belle maquette isolée. C’est ce qui sépare un site tenu d’un site rafistolé.

Deux façons de porter une valeur changée jusqu'aux pages Deux bandes superposées, bâties sur les mêmes éléments. En haut, une boîte étiquetée une valeur, d'où part une ligne horizontale qui court au-dessus de quatre petites pages et laisse tomber une flèche sur chacune ; sous la rangée est écrit le mot partout. En bas, la même boîte et les mêmes quatre pages, mais posées en chaîne et reliées par quatre flèches successives ; sur chaque flèche est posé un rond marqué d'une croix, tracé en accent, soit quatre ronds. Sous la chaîne sont écrits les mots une occasion de plus de se tromper. À LA SOURCE EN COHÉRENCE une valeur partout À LA MAIN PAGE APRÈS PAGE une valeur une occasion de plus de se tromper
En haut la valeur ne change qu'une fois, en bas elle change à chaque page, et chaque reprise est un endroit où elle peut diverger.

Fluide et cohérent de bout en bout

EVA CSS pousse ce principe jusqu’au sizing : une seule échelle en clamp(), déclinée du mobile au grand écran, avec une courbe d’easing dans le redimensionnement. L’harmonie ne dérive pas, quel que soit le format. Le SCSS structure le reste, variables et composants, une architecture pensée pour durer plutôt qu’un empilement de rustines.

Un écran isolé, l’IA en designe mille à la demande. Un système cohérent, ça demande encore une décision et une main. C’est là, je crois, que se joue la qualité qui dure.