J’ai passé des années à écrire mes palettes en listes. Un thème clair, un thème sombre, huit rôles de chaque côté, et le moindre changement de fond qui obligeait à recaler les sept autres à la main.
Ce n’était pas une palette. C’était un tableau de recopie.
Ce qu’une liste de couleurs cache
Une palette écrite en liste a l’air d’un ensemble de décisions. En comptant les deux thèmes et les deux niveaux de contraste de mon site, ça faisait cent dix valeurs. Les décisions, elles, tenaient en cinq ou six. Tout le reste n’était que la conséquence, recopiée à la main parce que le fichier ne savait pas la calculer.
Le prix ne se paie pas à l’écriture, il se paie six mois plus tard. Devant une couleur posée en dur, personne ne sait dire si elle est encore juste. On sait seulement qu’elle a été calée un jour, à l’œil, dans un contexte qu’on a oublié.
Deux ancres, et des relations
Le modèle tient en une phrase : un thème n’échange que deux valeurs, la clarté du fond et celle de l’encre. Tout le reste en découle. Les gris de texte secondaire sont des fondus de l’encre. Les cartes et les bandes alternées sont des écarts de clarté posés depuis le fond.
Mon site déclare aujourd’hui six choses par thème. Plus une seule couleur écrite en dur. Ce qui se lisait comme un inventaire se lit maintenant comme une intention.
Le contraste cesse d’être une palette
C’est la conséquence que je n’avais pas vue venir, et c’est la meilleure.
J’avais construit un réglage de contraste qui glissait entre deux palettes calées à la main. Trente-six couleurs pour deux niveaux, et l’impossibilité d’en ajouter un troisième sans tout refaire.
Une fois les couleurs dérivées des deux ancres, baisser le contraste, c’est simplement rapprocher ces ancres l’une de l’autre. Une variable, de zéro à un. Tout suit. Le curseur du site tient dans un nombre là où il fallait deux palettes.
Mesuré aux deux bouts : 15:1 au plus contrasté, 4,6:1 au plus doux, dans les deux thèmes. Le seuil d’accessibilité est tenu par la construction, pas par le réglage.
Ce que je retiens
Une bibliothèque de couleurs ne se juge pas sur le nombre de nuances qu’elle produit. Elle se juge sur le nombre de valeurs qu’elle vous laisse écrire à la main.
Six par thème, c’est un système. Cent dix, c’est un tableur qu’on a peint.



