Prenez un jaune et un bleu qui annoncent tous les deux la même luminosité, 50 %. Posez-les côte à côte. Le jaune brûle, le bleu est presque noir.
Ce n’est pas une illusion d’optique. Leur clarté réelle vaut 0,93 et 0,07, un facteur treize, pour deux valeurs que le code déclare identiques. Pendant vingt ans j’ai construit des palettes sur ce mensonge, et je l’ai corrigé à l’œil sans jamais me demander pourquoi il fallait le corriger.
Ce qu’OKLCH change
Dans cette notation, la clarté annoncée est la clarté perçue. Deux couleurs à la même valeur paraissent aussi claires l’une que l’autre, quelle que soit leur teinte.
Ça a l’air d’un détail de confort. C’est la propriété qui rend tout le reste calculable. Un rapport de contraste devient lisible directement dans le code, sans ouvrir d’outil : je regarde deux valeurs et je sais si mon texte passe. C’est la différence entre une couleur qu’on essaie et une couleur qu’on décide.
Le brun que je n’avais pas vu venir
Mon thème sombre portait une pointe de chaleur, à peine mesurable. Sur une petite surface, invisible.
Sur le fond d’une page entière, ça se lisait comme un brun franc. Deux raisons, et OKLCH les nomme toutes les deux : la teinte tombait en plein orange, et à faible clarté l’œil juge la couleur bien plus facilement qu’en pleine lumière. Le thème clair et le thème sombre portaient la même intention de neutre chaud. Seul le sombre la criait.
Il a suffi de tourner la teinte vers le bleu ardoise. Dans l’ancienne notation je n’aurais pas trouvé le coupable, parce que le nombre en cause n’y existe pas : elle mélange la pureté d’une couleur et sa clarté dans une seule valeur, et ne dit donc ni l’une ni l’autre.
L’accessibilité cesse d’être une vérification
Voilà le vrai apport, et c’est un apport de méthode. Quand la clarté veut dire quelque chose, le seuil de lisibilité devient une propriété de la construction, pas un contrôle qu’on passe à la fin en espérant que ça tienne.
Encore faut-il le viser au bon endroit. J’avais calé mon contraste sur le fond de page, proprement, mesures à l’appui. Sauf que le texte ne se pose pas que sur le fond de page : il se pose aussi sur des cartes et des bandes alternées. Mon texte tenait 4,9:1 sur le fond et 3,8:1 sur les cartes, sous le seuil, et rien ne me l’avait signalé.
La leçon n’est pas dans la notation, elle est dans l’usage : on mesure contre le pire fond que le texte rencontre, jamais contre le principal.
Ce que je retiens
On présente souvent OKLCH comme un espace de couleurs plus large. C’est vrai, et c’est secondaire.
Ce qui compte, c’est qu’une couleur y annonce enfin sa clarté sans mentir. Les rampes régulières, les thèmes qui basculent sans se recaler, les contrastes garantis plutôt que constatés : tout découle de cette seule honnêteté.



