Un directeur artistique qui ouvre le logo d’un client y lit une contrainte. Un hexagone lui interdit l’angle droit. Un tracé filaire lui interdit les aplats lourds. Une plume gravée lui interdit le bloc et lui commande le filet.
Je voulais mesurer ce regard et le faire entrer dans la chaîne. Elle fabrique des propositions de refonte à partir du site d’un client, et c’est moi qui choisis entre elles.
Ce qu’on peut lire dans un logo sans le comprendre
Le premier module ne comprend rien à ce qu’il regarde, et c’est justement pour ça qu’il est fiable.
On convertit le logo en niveaux de gris, on aplatit la transparence sur du blanc, sans quoi il n’y a aucune arête à mesurer, et on passe un filtre de gradient. Chaque arête assez franche vote pour son orientation, ramenée entre 0 et 180°. On obtient un histogramme, on en sort les pics dominants, et on lit la signature. Deux pics à 30° et 150°, c’est une trame hexagonale. Des pics à 0° et 90°, une trame orthogonale. Un pic franc à plus de 20° des deux axes, une trame diagonale. Rien de dominant, et c’est un résultat valide.
Une signature exige toujours sa combinaison complète, jamais un seul angle. Presque tous les logos portent une arête verticale : conclure « orthogonale » sur ce seul indice, ce serait du bruit déguisé en information.
Et quand le logo est un SVG, la géométrie y est déclarée. Un polygone à six sommets, c’est une signature hexagonale sans discussion. On lit au lieu de mesurer, et on retombe sur la mesure seulement quand le fichier est un tracé unique illisible, ce qui est le cas de la plupart des logos réels.
Une mesure qui ne devient pas une contrainte ne sert à rien
Une trame hexagonale sert par ce qu’elle interdit et ce qu’elle commande : un masque de découpe à six côtés, une grille aux colonnes décalées d’une demi-hauteur, des séparateurs en biais, et l’angle droit proscrit dans les biseaux.
Quand la trame est diagonale, la pente utilisée est l’angle réellement mesuré, pas 45°. Imposer un biseau à 45° à un logo taillé à 30°, c’est une trahison de la charte.
La mesure doit ressortir en règle écrite dans la langue de travail, « proscris l’angle droit dans les découpes », sinon elle sera lue et oubliée.
Le logo qui a cassé la méthode
Puis est arrivé un client dont le logo est une plume gravée, au trait fin.
La géométrie n’a rien rendu. C’est le bon résultat : les hachures d’une gravure partent dans tous les sens, il n’y a aucune trame à en tirer. Le brief a donc écrit, très logiquement, « n’invente aucune contrainte de forme ». Un cul-de-sac.
Sauf que ce logo portait une direction artistique complète dans son sujet. Une plume gravée dit la légèreté, le trait fin, le registre éditorial, l’artisanat, l’écriture. Elle exclut les aplats massifs, le tech immersif, les gros blocs de couleur. Le signal le plus riche du client était là, et mon capteur ne le voyait pas parce qu’il n’était pas fait pour ça.
La deuxième lecture, et pourquoi elle est séparée
D’où une seconde passe, la seule de tout le module qui appelle un modèle : une lecture du sujet. Que représente l’image, comment est-ce dessiné, à quel monde ça appartient, qu’est-ce que ça appelle et qu’est-ce que ça exclut.
Le résultat est un JSON strict : un sujet en 3 à 8 mots, un traitement, un registre, 2 à 4 partis pris appelés, 1 à 3 exclus. Un texte libre serait relu par le générateur comme une suggestion, une liste de contraintes se respecte.
Le cas du logo qui n’est que le nom écrit est prévu : la réponse attendue est littéralement « rien à lire au-delà de la typographie ». Encore une fois, « rien » doit être une réponse valide, sinon le modèle brode.
Et le résultat est mis en cache dans la fiche du client. La lecture coûte un appel, le brief est rendu à chaque affichage du tableau de bord. Jamais l’un dans l’autre : une fonction qu’on affiche ne doit pas pouvoir déclencher une facture.
Les deux lectures sont indépendantes et cumulatives. Une trame sans sujet, pour un logo abstrait, et un sujet sans trame, pour une illustration organique, sont tous les deux normaux. On ne rend « rien » que lorsque les deux se taisent.
Le piège de l’ornement
La trame était mesurée, transmise, comprise, et appliquée en décoration. Une puce de quelques pixels, deux coins biseautés, case cochée.
La règle qui a suivi est volontairement brutale : une trame mesurée doit structurer au moins deux compositions fortes, dont une dans le premier écran. Le masque d’une photo, l’emprise d’une tuile de galerie, la césure d’une section.