On me demande souvent si l’IA va remplacer le métier. Je comprends la question, elle me traverse aussi. Mais je crois qu’elle est mal posée. L’IA ne remplace pas un jugement, elle exécute une décision. Tout dépend de qui tient la barre.
Ce qui se délègue
L’exécution répétitive : intégration, déclinaisons, refactoring, un même écran décliné sur dix formats. La machine ne fatigue pas, ne baisse pas en régime à la vingtième itération. Moi, si. Sur ces tâches, elle va plus vite, et je n’ai aucune fierté mal placée à le reconnaître. Lui confier ça libère du temps pour ce qui compte vraiment.
Ce qui ne se délègue pas
Le concept, la hiérarchie, l’arbitrage. Décider qu’un titre pèse plus qu’une image, qu’une marge respire ici et serre là, qu’une direction vaut mieux qu’une autre : ça suppose une intention. Et une intention, je n’ai jamais réussi à la sous-traiter, ni à un humain ni à une machine. L’IA propose vite le consensuel, la moyenne de ce qu’elle a déjà vu. C’est souvent correct. Ce n’est jamais un parti pris.
Le bon dosage
Trop peu d’IA, on paie du temps machine au prix humain. Trop d’IA sans main, le projet glisse vers le générique, lisse, interchangeable. L’équilibre que je cherche tient en une phrase : l’IA accélère l’exécution, le jugement tient le cap. La vitesse ne coûte pas la qualité, tant que quelqu’un reste responsable de chaque décision.
Une agence qui travaille avec moi n’achète pas de la vitesse brute. Elle achète un cap tenu à cette vitesse. La nuance a l’air mince, dite comme ça. C’est pourtant là que tout se joue.