Demandez une page responsive à un modèle. Vous recevrez md:text-2xl lg:text-4xl.
Ce n’est pas un avis technique, c’est un effet de corpus. Le point de rupture a été la façon normale d’écrire du responsive pendant une décennie, il occupe donc l’essentiel de ce que la machine a lu, et elle restitue la moyenne de ce qu’elle a lu. Demandez-lui du fluide avec les bornes et la courbe, elle l’exécute très bien. Elle ne le proposera jamais d’elle-même.
Toute la question du métier tient dans cet écart. Pas dans « est-ce qu’elle va me remplacer », qui est une mauvaise question, mais dans « qui décide de ce qu’elle exécute ».
Elle va plus vite que moi, et je n’ai aucune fierté à le nier
L’exécution répétitive lui revient : intégration, déclinaisons, refactoring, un même écran décliné sur dix formats. Elle ne fatigue pas et ne baisse pas en régime à la vingtième itération. Moi, si.
Ce site en est la preuve. Son concept dormait dans un tiroir depuis deux ans, entier, faute du temps de production qu’il demandait. L’idée n’a pas changé d’un mot. Le coût de production, lui, a chuté au point de rendre faisable ce qui ne l’était pas.
Une intention ne se sous-traite pas
Décider qu’un titre pèse plus qu’une image, qu’une marge respire ici et serre là, qu’une direction vaut mieux qu’une autre : ça suppose une intention. Je n’ai jamais réussi à en sous-traiter une, ni à un humain ni à une machine.
La machine, elle, propose vite le consensuel. C’est souvent correct. Ce n’est jamais un parti pris.
Un vocabulaire fermé fait baisser le taux d’erreur
Sur ce site, aucune couleur n’est écrite en dur et aucune taille n’est posée en pixels : des rôles nommés, une échelle en clamp(), 99 % de points de rupture en moins avec EVA CSS.
Quand le vocabulaire est fermé, la machine se trompe beaucoup moins que sur du CSS libre. Elle a moins de choix, donc moins d’occasions de prendre le plus probable au lieu du plus juste. Contraindre l’outil coûte deux jours, une fois. Relire ses sorties coûte tous les jours.
Le cap tenu à cette vitesse
Trop peu de machine, on paie du temps d’exécution au prix humain. Trop de machine sans main, le projet glisse vers le lisse et l’interchangeable.
Une agence qui travaille avec moi n’achète pas de la vitesse brute, elle achète un cap. Dit comme ça, la nuance a l’air mince.
Elle se mesure pourtant. Vingt tailles sur quatre paliers font 80 déclarations à écrire, à tester et à reprendre chaque fois que la maquette bouge. Les mêmes vingt tailles en fluide en font 20. C’est le genre d’écart qu’un modèle ne va pas chercher tout seul, et que je recolle en tête de chaque passe d’intégration, en trois lignes de consigne.



