Le développement web adore la nouveauté. Un framework chasse l’autre, une dépendance en entraîne trente, et deux ans plus tard le projet ne se compile plus sans tout remettre à jour. J’ai vu beaucoup de sites mourir moins d’usure que d’abandon : un jour, plus personne n’ose y toucher.

La mode contre le temps

Courir après chaque nouveauté, c’est accepter de tout refaire à intervalles courts. Chaque outil à la mode est la dette de demain. Je le dis en connaissance de cause : j’ai commencé sur Flash, et j’ai vu ce que devient une technologie reine quand elle disparaît. Construire pour durer commence par un refus, celui de la fuite en avant. Je choisis peu d’outils, mais des outils dont je sais qu’ils seront encore là, et encore lisibles, dans plusieurs années.

Quatre technologies sur l'axe du temps, une seule s'arrête Deux registres superposés. En haut, une barre horizontale nommée Flash, ouverte sur son bord gauche parce que son début n'est pas daté, et fermée net à droite par un trait vertical marqué, à côté duquel est écrit le mot disparaît. En bas, un axe qui porte la date 2010 à gauche et le mot encore à droite, puis trois barres nommées HTML, CSS et JavaScript : elles partent toutes de 2010 et restent ouvertes sur le bord droit du cadre. UNE TECHNOLOGIE REINE Flash disparaît 2010 ENCORE HTML CSS JavaScript
Une seule de ces quatre barres a une fin, et c'est celle par laquelle j'ai commencé.

Les standards ne périment pas

Le HTML de 2010 fonctionne encore. Le CSS et le JavaScript standards aussi. Ce qui casse, c’est ce qu’on empile par-dessus. Alors je vise le socle : du HTML statique, du CSS moderne mais standard, un minimum de JavaScript écrit à la main. Moins de dépendances, moins de dette, moins de raisons que ça tombe. Un site sobre est un site qui dure.

Le socle qui ne périme pas, et les trois étages posés dessus Un empilement de quatre étages. Tout en bas, un bloc large qui court d'un bord à l'autre du cadre, partagé en trois cases : HTML statique, CSS moderne mais standard, JavaScript écrit à la main. Posés dessus, deux étages plus étroits au contour pointillé : un framework, puis une dépendance en entraîne trente, suivi d'un peigne de trente petits traits verticaux. Au-dessus, un dernier étage détaché du reste et tracé en accent, nommé le projet. Entre lui et l'étage du dessous court une ligne de rupture coupée par deux traits obliques, et dans la coupure sont écrits les mots ne se compile plus. CE QU'ON EMPILE PAR-DESSUS DEUX ANS PLUS TARD le projet ne se compile plus une dépendance en entraîne trente un framework HTML statique CSS moderne mais standard JavaScript écrit à la main LES STANDARDS NE PÉRIMENT PAS
Le socle est le seul étage que personne n'a besoin de remettre à jour.

La longévité, une valeur pour le client

Un site qui tient dix ans sans refonte, c’est un budget qui sert la marque au lieu de payer sa reconstruction. C’est aussi une empreinte plus légère : moins de calcul, moins de données, moins de gâchis. La sobriété technique n’est pas une posture d’esthète. C’est du bon sens, écologique autant qu’économique.

Je ne construis pas pour la démo de lancement. Je construis pour la dixième année, celle où plus personne ne regarde. C’est la même exigence que sur une planche : ce qui compte, c’est de tenir la ligne longtemps.